Ancienne école rue de Maizeret.
ecoledesfillesOn s'est souvent demandé quand furent construits ces imposants bâtiments d'aspect castral, flanqués d'une tour d'angle ronde. Son architecture un peu particulière attire d'emblée les regards: style, qui par certains traits, est semblable aux anciens palais de Flandre, avec ses glabes (en jargon architectural : terme désignant sommets de murs et pignons festonnés à redents ou saillies en gradins). Bref, un cachet d'ensemble qui régal l'œil du passant. Par qui furent-ils édifiés, quand et dans quelles circonstances?
Aucune trace écrite n'existe, seules quelques bribes de tradition orale ont circulé. D'après celles-ci, prévalent deux hypothèses tout à fait plausibles. Ce qui est sur, c'est que dans les deux cas, la bâtisse propriété du domaine de Loyers, a été érigée à l'initiative des châtelains de l'époque, soit selon sa date de construction, par monsieur Henri de Diest el son épouse Marie-Anne Van den Bossche décédés respeclivemenl en 1859 et 1875, ou par leurs successeurs, les époux Félix Gosuin de Diest qui ont quitté Loyers en 1901, lors de l'achat du domaine par le comte Jean de Beauffort
En 1880, déjà la guerre scolaire.

Première hypothèse: en remontant le fil du temps et en faisant quelques recoupements, notamment au niveau du climat politique tendu de l'époque, tout peut porter à croire - et on l'a affirmé - que la construction remonterait au temps de la guerre scolaire des années mil huit cent quatre-vingts. Pour comprendre cette évolution, il est indispensable de se replonger dans le contexte historique de la Belgique de cette fin de XIXe siècle; que s'y passait-il effectivement? En se référant à l'ouvrage de l'historien Georges-Henri Dumont, consacré au règne de Léopold II, on peut résumer les faits comme suit. Aux élections législatives de 1878 (suffrage censitaire), la majorité absolue catholique fut renversée dans les deux Chambres et remplacée par une majorité libérale dont fut issu le gouvernement libéral homogène présidé par Frère-Orban. Un nouveau ministère, celui de l' Instruction publique, fut créé et confié à monsieur Van Humbeek, ministre qui donna à l'équipe gouvernementale une tonalité nettement anticléricale, rapidement confirmée par une loi scolaire visant à dépouiller l'Eglise catholique de son influence prépondérante dans le domaine de l'enseignement primaire et moyen. Cette loi appelée «loi de malheur» dans les milieux catholiques entraîna une guerre idéologique passionnée. Désormais, chaque Commune ne pouvait plus subventionner les écoles libres; des programmes scolaires furent supprimées les leçons de religion sauf, en dehors des heures de cours normales et à la demande expresse des parents. L'attaque libérale fut sans doute excessive, la réplique catholique, outrancière. C'est ainsi, qu'en réaction à l'attitude du Pouvoir, dans tout le pays et jusque dans les villages les plus pauvres, les catholiques créèrent des écoles primaires de leurs propres deniers. Des nouvelles constructions ou des bâtiments existants furent offerts, en général par les nobles. Ce fut le cas à Loyers.

Ecole libre adoptée Saint-Joseph.

Deuxième hypothèse: même si les bâtiments existaient antérieurement à ces années troubles, ils furent incontestablement mis à la disposition de l'enseignement libre, mais quand? Soit en plein conflit scolaire ou après le retour des catholiques en 1884, lorsque le gouvernement fit voter une loi donnant aux Communes la faculté d'adopter une école libre (G-H Dumont - Histoire de la Belgique). La dénomination «Ecole libre adoptée Saint- Joseph» pencherait plutôt pour cette version. Aussi loin que l'on puisse remonter, on découvre dans les registres de l'Inspection principale de Namur la nomination de mademoiselle Marie-Eugénie Bassteyns en date du 13 octobre 1892. Fut-elle la première institutrice? (*)
On a raconté aussi que les bâtiments auraient remplacé une construction dévolue à l'organisation des chasses. Cela peut tenir la route quand on sait que dans le volume des nouveaux bâtiments qui ont succédé, était incorporée une demeure pom garde, I'autre partie, une grande salle (les futures classes) était destinée aux nombreuses réceptions de chasse organisées par les châtelains. Quand les locaux furent reconvertis en école, une maison pour l'institutrice fut bâtie à quelque cent mètres.

Maître unique pour 80 écoliers.

En corollaire qu'en était-il de l'enseignement dans la commune avant l'école libre? Il n'existait alors qu'une école communale mixte où le maître unique tâchait (renseigner à environ quatre-vingts écoliers en hiver et une trentaine à la bonne saison, selon les dires des très anciens Loyersois. Cette situation est corroborée par le constat du Conseil communal, qui en sa séance du 15 février 1863, décida qu'il fallait: «attendu qu'il est urgent, aviser aux moyens de faire agrandir la maison d'école reconnue trop peu spacieuse pour contenir les enfants qui la fréquentent, ou construire une nouvelle salle d'école». C'est cette dernière option qui fut retenue.
Tout l'espace constituait un seul local d'environ 125 m2. Plus tard, quand les filles quittèrent l'école mixte pour l'école libre, la surface totale du local devenu ipso facto trop grand, fut divisée en deux afin d'ériger dans l'espace libéré un préau bien utile. Les traces de ces modifications étaient nettement visibles. L'école transformée devint l'école des garçons et subsista telle quelle jusqu' à sa démolition en 1948, pour faire place aux nouvelles écoles actuelles édifiées sur le même site. Le dernier instituteur de cette école mixte fut monsieur Poskin qui continua à assumer, par la suite, les mêmes fonctions au profit exclusif des garçons ainsi que celles de secrétaire communal. Monsieur Debleumortier, notre instituteur, nous racontait cela.

Cours de perfectionnement, théâtre, bibliothèque.


Reparlons de l'école libre. Sous le pastoral de l'abbé Georges Dumont, curé de 1904 à 1916, fut adjointe à la classe primaire en 1910, une classe gardienne mixte fondée par mademoiselle Désirée Lebé, première institutrice jusqu'à son décès en 1939; c'est mademoiselle Irma Delahaut qui était concomitamment l'institutrice réputée de l'école primaire (de 1908 à 1935). Pour l'école gardienne on disait: «la petite école.» et «la petite demoiselle». L'école servit aussi de salle de spectacle pour le:; représentations théâtrales de la dramatique créée et dirigée par ce même curé particulièrement dynamique.. Y fonctionna aussi sous sa houlette, le patronage Si-Louis de Gonzague. Uue école dominicale fut encore organisée où était dispensé, outre des cours pratiques de couture, de cuisine, etc. un enseignement primaire complémentaire de perfectionnment des connaissances acquises. Par la suite, pendant des décennies, s'est ouverte chaque dimanche après les vêpres, la bibliothèque parroissiale. S'y tenaient aussi, les assises de diverses réunions comme celles du Cercle des Ménagères rurales, conférences, école ménagère etc. Lors des processions de la Fête-Dieu et du 15 août, un reposoir était dressé dans la cour de récréation.

On parlait wallon dans les foyers.

A propos de l'école gardienne, voici une petite anecdote pittoresque et significative de l'époque. Il faut savoir qu'au début du siècle dernier, on ne parlait que le wallon dans la plupart des foyers. Lors d'une petite dispute survenue dans la classe entre 2 moutards, un des antagonistes, pour se venger sur l'autre, s'essuya le nez et la bouche à l'aide du tablier de son «adversaire» et celui-ci de s'écrier : Mademoiselle, y gn 'a (il y a) Joseph qui frotte sa gueue (figure) avec mon dventrin (tablier). Ainsi parlaient les petits enfants d'alors auxquels la maîtresse s'efforçait de corriger le langage en leur inculquant les premiers rudiments du français correct.

Propriété privée depuis 1949.

Que sont devenus par la suite les bâtiments de l'école libre? Désaffectés en tant qu'école, ils sont toujours bien là, extérieurement presque intacts, et sont devenus propriété privée. En 1949, restés dans le patrimoine des comtes de Beauffort, ils furent vendus lors du partage de la succession de leur mère décédée un an plus tôt. Il faut souligner que les héritiers étaient disposés à les céder à la paroisse si l'école avait subsisté.
Voici ainsi évoquée l'existence de l'école libre de Loyers supprimée lors de la construction des écoles communales en 1948. Tout l'enseignement passa sous la tutelle de la Commune avec l'accord des instances religieuses.
La lecture de ces lignes pourra raviver la mémoire des Loyersois de vieille souche, intéresser les jeunes générations et informer les habitants qui n'ont pas connu ce temps-là. Puisse ce nouvel article, contribuer - bien modestement - à retracer quelques épisodes du passé du village... 

Georges LEBÉ

(*) Ecole adoptée Saint-Joseph. Ressort de l'Inspection principale de Namur, canton scolaire de Namèche. Registre du personnel enseignant.
Institutrices primaires : Bassteyns Marie-Eugénie 1892-1908 ; Delahaut Irma 1908-1935; Merveille Eugénie 1935-1945; Monin Anne-Marie 1946 ; Martin Marcelle 1947-1948 (fermeture de l'école).
Institutrices froebeliennes : Lebé Désirée 1910-1939 ; Smiets Suzanne 1939-1942 ; Goblet Claire 1942-1943; Collet Rosa 13.09.43 - 02.10.43 (classe supprimée le 10.10.43 en raison du nombre insuffisant d'élèves et de la guerre).

Ajouter un Commentaire