Le point de départ du présent article sont les deux photos ci-dessous, fournies par Christophe de Beaufort, que je remercie.

eglise charetteNous sommes dans les années 1945 - 1950 au sortir de la guerre. Les reconstructions d'après guerre et la reprise timide de l'économie, n'incitent guère à l’optimisme et la vie continue plus ou moins comme avant la guerre. La véritable reprise viendra un peu plus tard, vers les années 1958 – 1965. le début des trente glorieuses.
A cette époque, mon grand-père maternel gérait une petite ferme d'une dizaine de bêtes à cornes, cochons et volailles. Quelques hectares de terre agricole pour subvenir à tout ce petit monde, dont je faisais partie.

Pas de moissonneuse batteuse. Mais, il y avait déjà des faucheuses lieuses tirées par un tracteur ou par des chevaux. C'était le cas pour mon grand-père qui ne jurait que par ses chevaux : deux gros brabançons, style « Cheval Bayard » un des deux portait d’ailleurs ce nom. Il n'était pas rare qu'il alla dépanner, avec ses chevaux, un tracteur embourbé. Il était fier de ses chevaux face à la technique moderne. Les premiers tracteurs n'étaient pas si performant que leurs homologues actuels.
Le mois d'août arrivé, dans la cour de la ferme, résonnait le battement du marteau contre le métal. C'était mon grand-père qui battait sa faux pour en amincir la lame. A sa ceinture un étui constitué d' une corne, perdue par une bête, emplie d'eau mélangé à du vinaigre. Elle abritait une « queux à faux » (pierre plate à aiguiser), qui lui servait pour affûter son outil.

Il se dirigeait ensuite vers son champ pour en faucher une bande tout autour, de manière à créer un passage pour le cheval et la faucheuse. Le blé coupé circulait sur un tapis pour ensuite se former en gerbe à l'aide d'une piqueuse. Une sorte de grande aiguille et de la corde liaient les gerbes.disaux
Ce travail terminé, il fallait arranger les gerbes en diseaux, sorte de petite maison où nous jouions étant enfant. Pendant ce temps, l'alouette montait dans le ciel tout en chantant inlassablement à la recherche de nourriture pour ses petits. Un peu plus haut, le busard lui aussi en quête de nourriture tournoyait dans les airs. Un lièvre, apeuré par la machine, s’enfuyait à toutes pattes. C'était bientôt l'heure du dîner. Je voyais arriver ma grand-mère, en vélo, avec un panier de victuailles.

Après cinq ou six jours, suivant le temps, il fallait rentrer les gerbes. Elles étaient chargées sur un grand chariot tiré par les deux chevaux. Souvent, c'était la course contre la montre, car l'orage grondait. Sur le sol, il ne restait que les éteules, bouts de paille enracinés et piquants – les tiges de blé qui avaient échappé à la machine. Les glaneuses pourraient bientôt entrer en action...

lieuseRentré à la ferme, on déchargeait les gerbes, les hommes formaient une chaîne et on les montait, à l'aide de fourches, dans le fenil en prenant soins de bien les disposer.
Les grains de blé étaient toujours attachés sur les tiges, il fallait maintenant les battre pour en séparer les grains.
Un beau jour d’automne, on voyait arriver la « machine à battre » Un espèce de monstre fumant et pestant, tiré par un tracteur.(1) Les ouvriers de l'entrepreneur et des fermiers voisins, venus donner un coup de main, installaient l'engin dans la cour. La machine était reliée au tracteur par des grandes courroies. Défense absolue de s'en approcher, car il arrivait souvent qu'une courroie quitte ses poulies pour virevolter dans les airs. On devine qu'il ne fallait pas se trouver sur la trajectoire.
Les gerbes étaient redescendues du fenil et envoyées dans la batteuse. Il en ressortait d'un côté des ballots de paille, et de l'autre des sacs de grains prêts pour le moulin.batteuse a vapeur
Des poussières et débris se déplaçaient dans les airs et se collaient aux corps en sueur à cause du mouvement de la machine. Si les chapeaux de paille mettaient de l'ombre sur les visages, le soleil brûlait les bras largement exposés. Mon grand-père, en casquette, avait la peau de la nuque burinée comme un champ de labour.
Les ballots de paille étaient, à leur tour, montés dans le fenil. Les bêtes étaient parées pour l'hiver, la litière étant assurée.
Après cette dure journée de labeur, tout le monde se réunissait autour de la grande table de la cuisine. Ma grand-mère avait préparé de la grosse soupe suivie d'une omelette au lard. Non sans avoir goûter au péket traditionnel!
Le lendemain, l'équipe irait faire le même travail chez un autre fermier.

(1) La photo, trouvée sur internet montre un tracteur à vapeur, donc une époque antérieure. Probablement entre les deux guerres.
Photos : diseaux dans la campagne de Loyers et charrette de foin devant l'église de Ch. de Beaufort
(2) Photos avec les chevaux trouvées sur internet.

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