La terre plastique qui s'appelait terre d'alun, blanche derle, terre de potier, terre à pipe, etc, fut très anciennement utilisée sur place pour la fabrication de poteries. Mais de bonne heure aussi, elle fut recherchée par les étrangers et particulièrement par les batteurs de cuivre de Bouvignes qui l'employaient à la fabrication de leurs creusets où l'on fondait le cuivre et à prendre l'empreinte des objets sur lesquels on l'appliquait. Cette terre plastique fut exploitée en plusieurs endroits du comté de Namur surtout dans la zone calcareuse aux environs d'Andoy, à Mozet et à Maizeret et vers Ohey et Sorée (voir la carte) Il y eut également des mines à Loyers, mais dans une moindre mesure, semble-t-il.
La plus grande partie de la production de nos régions partait vers Andenne, la cité de la céramique.
Citons également une usine de terre réfractaire à Naninne. Des fours de potier médiévaux ont été découverts à la sortie du village de Wierde, lors des travaux de rectification et l'élargissement de la RN 541 près de la ferme de Wez. Ils ont été partiellement détruits. (1)
Dés 1328, le Comte de Namur accorda aux batteurs de cuivre de Bouvignes, l'autorisation d'extraire la derle en tout endroit du Comté où elle existait. La même concession fut accordée en 1466 aux batteurs de Namur."
"Jean I de Flandre, comte de Namur, donne en accense perpétuelle au métier de la batterie de Bouvignes et Maître Thierry dit de Florée, le potier, et à ses successeurs la derlière "sordresse" (qui sort de terre, à ciel ouvert) d'Andoy, moyennant le payement d'une somme de 6 livres de vieux gros tournois ou de 3 vieux esca¬lins d'Angleterre, en deux termes, à la Noël et à la Saint-Jean-Baptiste. Le maire et les maîtres du métier, de même que Thierry et ses héritiers, tireront de la derlière tout le profit qu'ils voudront, excepté cependant que, si le comte était en guerre, les personnes précitées ne pourront pas vendre de la derle aux ennemis de leur prince pendant toute la durée des hostilités. Toute personne qui prendra de la derle dans les derlières d' Andoy sans l'autorisation des maire et maîtres sera livrée à la justice comtale. Toutes les autres derlières "sordresses" qui seraient trouvées dans le comté de Namur ne pourront être exploitées sans le consentement des maire et maîtres et de Thierry, qui seront autorisés à en tirer profit. Le maïeur du métier et les maîtres de la batterie de Bouvignes et Thierry s'engagent à payer leur redevance au comte, lequel pourra les y contraindre éventuellement. Le comte scelle son privilège et, comme ni le maire ni les maîtres de la batterie de Bouvignes ne disposent de sceaux particuliers; ils prient les maire, échevins et jurés de Bouviqnes d'y apposer le sceau communal."
Château de Namur, 17 juin 1.328. (2)
Il y a peu d'ouvrage traitant des mines de terre plastique, à notre connaissance, seul l'Abbé Blouard dans l'histoire de Mozet, a abordé sérieusement le sujet. Divers auteurs se sont largement inspirés de ses écrits. Nous ferons de même. Il a écrit ce livre avant la guerre 40-45, des mines étaient encore en exploitations à cette époque. Il a donc été très bien documenté.
Ajoutons encore qu'il tire une partie ses renseignements de Mer Polet - Directeur des Etablissements TPBG d'Andenne - qui exploitaient des mines de la région et également des études de H. Javaux parues dans le "Guetter Wallon"
Procédé d'extraction : Les gisements de terre plastique sont découverts par des sondages préalables, et exploités au moyen de puits et de galeries souterraines.
Les couches plastiques, dont les affleurements se rencontrent à quelques mètres du sol, atteignent des profondeurs allant jusqu'à 100 mètres.
Les exploitations de terre plastique, ne produisent pas de terrils comme les houillères.
Quelques huttes de paille que l'on nomme communément "cabanes", "baraques" ou "hayons", sont campées en bordure de dépressions remplies d'eau, formant des étangs assez profonds ou de simples mares cerclées par des roseaux.
Un mauvais chemin que sillonnent les deux ornières parallèles et profondes laissées par la trace des roues des chariots pesamment chargés, relie l'exploitation à la route.
Les transports étaient effectués par des charrons avec des tombereaux tirés par de puissants chevaux.
L'hiver, les fermiers effectuaient également ces transports vers les sites de production locaux ou encore vers Andenne et Naninne.
Dès l'apparition du tram, la terre était chargée dans des wagons tirés par une locomotive à vapeur.
Les années 1950, ont marqué la fin de l'extraction de la terre plastique dans nos régions. Le transport des voyageurs par tram a lui aussi disparu de nos campagnes vers les années 1960. Mais, ceci est une autre histoire.

Usine de Terre plastique à Naninne.
naninne1 50Ci-dessous, reproduction d'une peinture de Arsène Degrune

haillon degrune

(+-1950 collection privée)

Représentation l'entrée d'un site d'exploitation de terre plastique à Wallay (Ohey) . La ligne de tram Ohey - Courrière passait à proximité et pouvait acheminer la production vers le chemin de fer.

 

 

 

Revenons à l'extraction de la terre plastique :

Dans chacune des cabanes, à l'orifice du puits ou" bure", deux ouvriers, appelés "trayeux" manœuvrent un treuil rudimentaire, fait de bois et de fer, à simple manivelle; le câble d'acier qui a remplacé la corde de jadis, s'enroule lentement, et bientôt apparaît une corbeille ou un bac (en wallon "s yie") contenant des morceaux d'argile (déchets d'exploitation), ou d'une chaîne à laquelle est suspendu un bloc énorme d'argile.(3)
A son arrivée à la surface, d'un geste brusque mais calculé, l'homme attire la charge sur le bord du puits; une pièce de bois remplace souvent l'argile à la descente, pour opérer la boisage des galeries que l'on creuse; le bloc monté est aussitôt nettoyé et débité en d'autres blocs plus petits de 20 à 25 cm, de côté qui sont déposés dans un coin bien propre de la cabane, en attendant le chargement.
Pour assurer la solidité du puits, les parois sont tapissées de paille, retenue par des cercles de bois ou "aires" ou "tchaurnales"; ces cercles sont reliés entre eux par des morceaux de bois, placés dans le sens vertical du puits; les galeries, elles aussi, d'environ 1 m. 80 de large et de 2 m.00 de hauteur, sont solidement étançonnées, parfois même sur leurs quatre faces, par des pièces de baliveaux appropriées. 
Les puits d'extraction sont de deux types : les puits simples et les puits composés, dits "à bourriquets", c'est-à-dire ceux qui nécessitent une descente dans une succession de puits, pour accéder à la taille.
L'éclairage dans le puits se fait au moyen de lampes à acétylène, à flamme libre; Les gaz grisouteux se rencontrent parfois, surtout dans les anciens travaux; aussi, chaque matin, "le chef de fosse" descend le premier avec une lampe de sûreté, pour s'assurer de l'absence de ces gaz explosibles.
La ventilation est assurée par un appareil à main appelé "diable" qui envoie l'air frais jusqu'au fond du puits.
La "taille" ou l'extraction proprement dite s'opère de la façons suivante : Deux ouvriers travaillent ensemble; se sont les "haweus"; ils amorcent le travail au moyen de tiges appelées "grettes" ou "gretteuses" dont ils possèdent un jeu et qui sont terminées par une curette. Ils enfoncent les "grettes" dans la terre à longueur voulue, puis les ramènent en leur imprimant une rotation de gauche à droite; ils découpent de cette façon la taille qui se trouve devant eux. Ils la divisent par de profondes rainure en quatre lignes parallèles verticales distantes de 40 à 50 centimètres; ils tracent cinq lignes horizontales à même distance que les autres. Ils découpent alors les blocs en commençant par le sommet qu'ils entament à la houe, de là le nom de "haweu", puis ils détachent le bloc de la paroi du fond à coups de houe, après l'avoir "rautchi", c'est-à-dire après l'avoir ébranlé par une première torsion. Le bloc du sommet s'appelle "disserre".
Quand les terres sont plus tendres, on peut découper le au fil d'acier ou au moyen d'une lame plate taillée en lancette comme une ogive primaire, tranchante des deux côtés; elle est longue de 15 à 20 cm, et large de 9. Cette lame, appelée "osteye" a un manche qui lui est perpendiculaire et que l’ouvrier tient des deux mains. Il divise la taille comme nous l'avons vu, avec les "grettes", en enfonçant l'osteye par poussées successives de droite à gauche des bras et de la poitrine. Il accompagne chaque poussé&e d'un "hanhannement" sourd, un peu lugubre, qui provient de l'effort de la cage thoracique contre le manche de l'osteye
Le bloc extrait, des "hiercheux" le transporte sur brouette basse vers le bac qui les amènera au jour; 
Au fur et à mesure que la taille se fait, les ouvriers boisent la partie qu'ils ont creusée.
L'équipe d'une fosse ou "d'un siège" comme on dit, tire en moyenne, par jour, cinq à six tonnes de terre plastique.Carte fosses


André Degrune

(1) Bulletin trimestriel d'information des membres de la Société Archéologique de Namur - n° 8 – octobre ¬novembre-décembre 1985
(2) Bovesse-Ladrier - A travers l'Histoire du Namurois
(3) Le procédé d'exploitation est assez semblable à celui de la houille à la même époque. Voir notre article "Accident de la mine"

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