En juillet 1340, un voleur de grand chemin, Hennekin, de Thisnes en Hesbaye, avait commis, au ban d'Andenne, force effractions et force rapines. Il fut arrêté et jeté en prison à Andenne par la cour de justice des chanoinesses de l'endroit. Le comte de Namur, apprenant cela, réclama le prisonnier et prétendit lui faire expier lui-même ses forfaits.
Un matin, on aperçut sur le chemin de Sclayn, une brillante chevauchée qui se dirigeait vers Andenne. A la tête, galopait Libert delle Natoie, capitaine de la forteresse de Samson; à sa suite, venaient Guillaume du Bue, forestier du Comté, Guillaume de Mozet, Godefroid de Beaulieu, Gérard de Loyers, toute une bande d'hommes de guerre et de paysans munis de lances et d'épées. La troupe pénétra dans les rues d'Andenne et parvint jusqu'à la prison. Les Chanoinesses de Sainte Begge protestant contre l'atteinte portée à leurs privilèges, les soudards les molestèrent, les frappant et allant jusqu'à l'effusion du sang. La porte de la prison fut enfoncée, Hennekin saisi, solidement attaché à un cheval et ramené au château de Samson.
Trois jours plus tard, on pouvait voir le corps du voleur pendu à un créneau du donjon. Immédiatement, les dames d'Andenne portèrent plainte à l'Evêque de Liège qui cita Libert delle Natoie et ces complices à comparaître devant son tribunal le lundi 4 septembre suivant. Auparavant le 22 août, ceux-ci avaient confisqué dans une nouvelle attaque contre Andenne, les biens des maïeurs et échevins, qui avaient refusé de coopérer à l'exécution de Hennekin. Après enquête, interrogatoires et discussions très longues et très vives, l'official de l'Evêque de Liège condamna Libert delle Natoie et ses complices à l'excommunication majeure. Les curés de la région furent chargés de publier la sentence; les dimanches et jours de fête, les prêtres de Seilles, Sclayn, Andenne, Thon, Mozet, Maizeret, Lives, Namèche, les moines de Géronsart, Grandpré, Brogne, Floreffe montaient en chaire, et, plusieurs chandelles étant allumées, les cloches sonnant à toute volée, proclamaient à haute et intelligible voix que te châtelain de Samson et tous ses complices étaient séparés du corps des fidèles, que, ni eux, ni les membres de leurs familles, ne pouvaient plus pénétrer dans les temples ni recevoir les sacrements, que personne désormais ne devait leur fournir d'aliments ou de boissons, traiter avec eux ni même leur parler. Ils étaient réellement mis au ban de la société.
L'affaire n'en resta pas ià. Le comte de Namur n'accepta pas la sentence portée contre ses hommes. Il occupa militairement Andenne. Le Pape Benoit XII, par bulle datée d'Avignon (28 novembre 1341), prescrivit à l'Evêque de Liège de terminer le différend. Une solution définitive intervint en 1344. Le 13 mars de cette année, Nicolas de Spinoîs, souverain bailli du comte et Jean de Bouvignes, prévôt de Saint Aubain, arrivèrent à Andenne, où ils reconnurent les torts du prince et les droits du chapitre. Celui-ci accepta les excuses, à condition d'une réparation publique et complète : celle-ci était seule possible, le prisonnier mort ne pouvant être rendu; comme symbole de restitution, Nicolas de Spinois offrit à sa place un sac rempli de foin. On l'accepta, et la cérémonie du jugement recommença : Hennekin (symbolisé par le sac) fut condamné par les juges légitimes d'Andenne à la pendaison; un cortège se forma, on arriva au pied de la potence. La corde fut attachée au bout du sac, qui fut ignominieusement hissé au gibet. Réparation était accordée : les droits des chanoinesses étaient reconnus; la sentence d'excommunication lancée contre Libert délie Natoie et se comparses fut levée. 

Le sujet est vaste et vaudrait à lui seul tout un ouvrage : relevons encore au Xle après l'époque carolingienne que le pouvoir de la justice est aux mains des princes et des seigneurs. La procédure est simple. Une plainte est adressée au seigneur, qui convoque l'accusé. Après l'exposé de l'accusation et de la défense, vient l'administration de fa preuve. Il en existe de plusieurs types : le serment purgatoire, par lequel l'accusé doit trouver un nombre déterminé de personnes qui jurent qu'il est innocent. Le jugement de Dieu ou ordalie. Il existe sous différentes formes : La première consiste à plonger l'accusé ligoté dans l'eau. S'il flotte, c'est que l'eau l'a rejeté et qu'il est coupable. Autre méthode : l'accusé est brûlé au fer rouge; si la plaie cicatrise normalement, c'est qu'il est innocent. Une fois la preuve faite, le juge prononce une peine. Il peut décider d'une amende, qui dédommage la victime ou sa famille. Mais aussi au profit du seigneur, ou des châtiments corporels (décapitation, amputation...)
En 744, Childéric III avait ordonné qu'on coupât le poing aux faux-monnayeurs L'Eglise, pour sa part, les frappe d'excommunication. Dans nos régions, il étaient susceptibles d'être jetés dans l'eau ou l'huile bouillante, portant au cou un lourd collier composé de pièces produites par leur coupable activité...

André Degrune.

Bibliographie :
LAHAYE Léon, Cartulaire de la Commune d'Andenne.
Abbé Blouard, Histoire de Mozet.
Chronique de la Belgique. Editions chronique RTL.

Extrait du journal L'Entre-Deux N° 59 du 03 mars 1992

Ajouter un Commentaire