La Wallonie est riche en légendes et croyances de toutes sortes. La croyance aux sorcières n’est pas si ancienne, Lonzée n’est-il pas toujours "li pays des sôrcîres". jadis, une personne simple d’esprit, pauvre, laide et de préférence vieille aux cheveux gris était considérée comme sorcière... Les vieilles femmes étaient généralement accusées de jeter de mauvais sorts sur les enfants, bêtes, etc. : le soir, on entendait dans les arbres une sarabande, avec de la musique et du bruit, des sorcières disaient en wallon "là co les makrales qui dans’nut su les sapins di nos viilés mamzelles !" Un autre soir, une vieille est surprise par un garde à marauder dans les champs. A l’instant, le garde mit la main sur un buisson en lequel elle s’était changée.
Un sorcier ou une sorcière pouvait empêcher un attelage de démarrer, ce phénomène s’appelait "marage". Un jour un charretier voulait rentrer à la grange une charretée de foin ; le chariot était attelé de trois chevaux, mais ils étaient "tenu" ; impossible d’avancer ; en vain, un quatrième cheval renforça l’attelage ; les roues pivotaient sur place. Une personne qui passait pour une sorcière survint dans le champ : elle conseilla au conducteur de dételer les chevaux et de n’en conserver qu’un dans l’attelage, l’assurant que le chariot démarrerait : le conseil fut suivi, et immédiatement le chariot partit (1)
Périodiquement les sorcières enfourchaient leur balai pour se rendre au sommet d’une colline ou dans une clairière pour la danse du sabbat, ébats diaboliques qui commençaient le soir entre neuf et dix heures et ne se terminaient qu’au chant du coq. Un de leurs lieux de rendez-vous préférés était la Pierre du Diable ou Pierre de Brunehaut (2), vieux dolmen druidique conservé dans la plaine de Jambes jusqu’en 1820.
A grand Halleux autour d’une pierre creuse, à Herstal c’est la pierre de la sorcière, la pierre qui tourne, la table des sorcières, etc.
Ajoutons encore Fifine Bovet, d’ Evelette, dont l’effigie géante a été présentée au Grand Feu de Loyers il y a quelques années. On raconte qu’on n’avait qu’à aller chez Fifine Bovet pour être "emmacralé". Son père possédait le pouvoir de faire surgir de l’eau. Les enfants y allaient souvent. Ils avaient de l’eau jusqu’au cou, mais ils n’étaient pas mouillés !

Extrait du Journal "l'Entre-Deux" par André Degrune.

(1) Fait authentique, selon l’Abbé Blouart.
(2) Ou Brunnehout du nom de la Reine de Brunehaut 527 à 613 ou encore l’autel du dieu Nam (Namur)
Bibliographie : Abbé Blouart : Histoire de Mozet. - Fernand Pieltain : Le Folklore au Pays de Namur - .Félix Rousseau : Légendes et Coutumes du Pays de Namur.- Jacqueline Jadin, Nicole Stoffe et Pierre Voos : C’était Eve - Willy Lassance : Pierre levées, pierres couchées de Wallonie.

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