Extraits de Parcs Nationaux. XLUIr fasc. 4. p. 127 et 132. (Bulletin de l'Association Ardenne et Gaume)
ar W. LASSANCE ET R. BORREMANS

Andenne, la ville de Madame Sainte Begge.
Sainte Begge est l'ancêtre de Charlemagne et la fille de Pépin l'Ancien. Elle épousa Anségîse, fils de saint Arnoul, qui mourut assassiné vers 670. Devenue veuve, c'est en compagnie de son fils Pépin II qu'elle assura notamment son destin historique en fondant le monastère d'Andenne en 691-692, lieu alors nommé Andana ou Andaïna, qui est un toponyme d'origine vraisemblablement celtique.
Elle s'y retire pour y achever ses jours mais décède deux ans plus tard. Cette grande aristocrate avait heureusement eu le temps de richement doter sa maison, à la suite des libéralités qui lui venaient de l'héritage de sa sœur, sainte Gertrude, morte vers 660. Du reste, ces deux monastères fondés par des princesses de l'illustre lignée carolingienne auront des destinées sensiblement parallèles.
Andenne, abbaye féminine, plus tard d' obédience bénédictine, était certainement un domaine de sa famille que l'audacieuse Begge (au prénom si typiquement irlandais - prononcer Bèch'") affectionnait d'une façon particulière.
Plus tard, des chanoinesses remplacèrent les bénédictines ; c'est pourquoi au XIIe siècle l'abbaye fut transformée en chapitre réservé aux femmes nobles. Il devait porter bien loin la renommée d'Andenne. Grâce à sainte Begge, la ville d'Andenne est riche en traditions carolingiennes. II n*est guère d'endroit du pays mosan où la geste antique soit demeurée aussi vivace ; la fontaine de l'ours célèbre les exploits de Charles Martel qui, selon la légende, serait né à Andenne. On dit aussi que la mère de Charlemagne, dite Berthe au grand pied, aurait vécu ses dernières années au monastère d'Andenne. La fondatrice elle-même fut l'objet de légendes du plus haut intérêt.

La belle légende de sainte Begge d'Andenne.
Begge, fille de Pépin l'Ancien, sœur de Gertrude, abbesse de Nivelles, avait fait vœu de fonder une maison pieuse dans un domaine familial qu'elle affectionnait particulièrement. Un jour qu'elle parcourait ses vastes possessions des bords de meuse, arrivée au lieu dit de Seilles, à l'endroit même où une truie mettait bas sept porcelets rosés et dodus, elle entendit une voix tombée du ciel qu'elle interpréta comme lui désignant l'endroit propice à Pacomplissement de son vœu. Aussitôt, la pieuse Begge aidée de ses gens entreprit la construction d'un monastère.
Maïs, hélas ! quelque temps plus tard un orage épouvantable vint ruiner le labeur acharné de la fondatrice ; celle-ci crut comprendre que les vues de la providence étaient ailleurs et décida d'émigrer sur l'autre rive. Tandis qu'elle traversait le fleuve avec sa chèvre familère et quelques hardes suspendues à son cou, elle s'embourba dans le gué grossi par l'orage et faillit y choir ; sur le moment, son courage fut près, très près de fléchir mais, soudain, elle s'entendit héler de l'autre côté de Peau par des pêcheurs qui lui criaient en porte-voix : é-co' ...Bêch'... è-co'... (encore , Begge, encore! )...Stimulée, la vaillante femme s'arracha peu à peu des flots qui menaçaient de la submerger et, non sans péril, parvint enfin sur terre ferme, celle de ses rêves où toute une joyeuse foule accourue des environs au bruit des clameurs, lui réserva un accueil des plus chaleureux.. Et elle vit là, à quelques pas, nageant dans une mare fermière, une canne et ses sept canetons. C'est en cet endroit riant que, selon son vœu, on construisit sur pilotis le monastère et ses sept petites églises en souvenir des basiliques que Begge avait vues lors de son pèlerinage à Rome
Ainsi naquit Andenne ; depuis ces temps bien oubliés, l'endroit proche de Seilles où elle manqua périr se nomme Cobegge, d'une rive à l'autre de la Meuse ...
collegiale andennePhoto : panamerio.com
LA COLLEGIALE SAINTE BEGGE (renaissance classique) - trésor avec châsse de Sainte Begge, vestiges du monastère mérovingien, musée lapidaire...
Article paru dans le Journal l' Entre Deux du 28 août 1989 - N°31, avec l'aimable autorisation de Monsieur Willy Lassance qui fut un de nos collaborateurs bénévoles, ainsi que son épouse pour les relectures, durant de nombreuses années. Hélas, aujourd'hui disparu. (biographie)

Ajouter un Commentaire