La fête de pâques est la règle de toutes les autres fêtes mobiles de l'année. Au dixième siècle, il y eut de grands différents entre les chrétiens orientaux et occidentaux sur l'époque de la solennisation de cette fête, les premiers la célébrant le même jour que les juifs, tandis que les seconds la remettaient au dimanche suivant, le concile de Nicée, tenu en 325, décida que désormais toutes les églises la célébrerait uniformément le dimanche après le quatorzième jour de la lune de mars.
Coutumes
Il en résulte que la solennité pascale ne peut tomber plus tôt que le 22 mars, ni plus tard que le 25 avril. La période du jeudi saint au lundi de pâques donne lieu à un grand nombre de pratiques et idées superstitieuses : le jeudi saint à Namur, on avait l' habitude d' initier en quelque sorte la "Cène". On rassemblait tous les membres de la famille et tous les gens de la même table, et l' on prenait en commun du café, du thé ou du chocolat avec des "lunettes". On nommait cela "faire la Cène".
La coutume de faire les stations ou de visiter les reposoirs et le saint Sépulcre dans les différentes églises, était encore en vogue au début du siècle passé. Dans quelques villes on tenait à accomplir en entier le cercle du pèlerinage Urbain, visiter une paroisse, une chapelle, une confrérie... A Namur on allait voir sept églises, en souvenir des sept ermitages qui étaient situés autour de la ville. (1) Profitant du mouvement de foule les commerçants installaient leurs plus beau étalages.
D'après la croyance populaire, les poules sorties d' œufs pondus le jeudi saint changent chaque année la couleur de leur plumage. Les œufs pondus le jeudi saint sont conservés. Bénits le saint jour de pâques, ils garantissait contre la foudre, et jetés dans le feu ils éteignaient l'incendie.
Il faut manger sept sortes de légumes verts mêlés ensemble pour se protéger de la fièvre. On disait aussi que coutume de manger des mets vert le jeudi saint protégeait contre le feu céleste. Le vendredi saint (vendredi blanc) cette dénomination vient des draps mortuaires dont les églises étaient tendues ce jour là.
Le "tombeau" ou le "saint sépulcre" qu'on arrangeait dans les églises, est à l'origine de l' usage qu' avaient les enfants, à Dinant et d'autres endroit, d'ériger dans les rues une espèce d'autel, et de demander aux passants quelques monnaies pour leur monument.
Le Jeûne
Le jeûne du vendredi saint était scrupuleusement observé en Belgique. On ne mangeait ni beurre, ni graisse, ni lait, ni œufs. De petits pains blancs appelés à Liège et à Namur "lunettes", des fèves blanches et des harengs composaient la nourriture principale de ce jour. D'après la tradition populaire, les fèves ou les lentilles que l'on mangeait ce jour-là, se changeaient en deniers. On disait aussi que celui qui ne boit pas le vendredi saint, pouvait boire beaucoup pendant toute l' année sans risquer de s'enivrer. Suivant une ancienne coutume namuroise on cuisait ce jour-là des pains, et on en conservait un jusqu'à l'année suivante, en prétendant qu'il porte bonheur et qu'il ne gâte pas. En revanche on se garde bien de laver.
Légende
Une légende parmi d'autres raconte que la Vierge en voyageant s'approcha, un jour de vendredi saint, d'un endroit où les femmes du peuple blanchissaient du linge. Elle les pria de lui donner un verre d'eau; mais loin de satisfaire à sa demande, elles l'aspergèrent d'eau sale de sorte que sa robe en fut toute humide. Marie s'éloigna et rencontra à peu de distance des femmes qui mettaient du pain au four. Elle les pria de lui permettre de faire sécher sa robe, ce qui lui fut accordé. C'est pourquoi la Vierge bénit les femmes qui cuisaient du pain, et maudit celles qui lavaient. A Dinant, où se pratiquait la même coutume, on dit proverbialement : "Maudite la femme qui lave, Bénite la femme qui cuit"
Dans la province de Namur, aucun boucher ne tuait ce jour-là.
Sur la Meuse
Sur la Meuse, la nuit du vendredi saint était réputée dangereuse. En face des ruines du château de Samson, un sommet d'une hauteur au pied de laquelle s'étend le village de Namèche, se trouvait ou se trouve encore (nous n'avons pas vérifié) un arbre dit de sainte Anne. C'est là que, selon la croyance du peuple, les sorcières se rassemblaient dans les nuits du vendredi saint, et quelles faisaient leurs rondes infernales autour de l'arbre.
Samedi saint
La première cérémonie du samedi saint, est la bénédiction du feu nouveau. Dans les premiers temps de l'église, il était d'usage de tirer du feu de la pierre, et de le bénir avant d'allumer les cierges et les charbons des encensoirs. On en usait également pour allumer le cierge pascal le samedi saint, comme on le fait encore aujourd'hui.
Pendant la messe, les cloches, muettes depuis le mercredi saint, se font entendre à nouveau. C'est le moment où les enfants courent dans les jardins et cherchent les œufs de Pâques que les cloches ont laissés tomber à leur retour de Rome. A Namur, les cloches rapportaient également des petits couteaux aux enfants!
En Ardenne, la coutume de quêter des œufs les derniers jours avant Pâques était très répandue.
On allait "raquetter"
Dans la région de Ohey (Condroz Namurois), dans les années mille neuf cent cinquante, on se rappelle que les enfants de chœur dont nous faisions partie, s'en allaient, armés de leur "raquette" (crécelle). de ferme en ferme pour quérir des œufs de Pâques. (on allait"raquetter"). Les crécelles servaient aussi pour annoncer les offices religieux en lieux et place des cloches absentes.
Symboles
L'œuf a de tous temps été considéré comme le symbole du principe de la fécondité et comme l'image du commencement des choses. C'est pourquoi la coutume de se faire de multiples présents d'œufs ornés de diverses manière à l'occasion du retour du printemps et du renouvellement de l'année solaire, remonte à la plus haute antiquité.
Autrefois on enlevait du cierge pascal des morceaux de cire qu'on distribuait aux fidèles après la messe du dimanche. Les fidèles les brûlaient dans leurs maisons ou dans leurs champs pour se préserver contre le tonnerre, la grêle, les vents, les bêtes nuisibles et les artifices du démon.
L'eau bénite la veille de Pâques guérit des fièvres, quand on la boit à jeu, et préserve de tout malheur la maison et l'écurie que l'on asperge en même temps.
Quelques idées de pratiques populaires qui se rattachent encore à Pâque : boire de l'eau froide le jour de Pâques garanti la santé. Eau puisée silencieusement le matin de Pâques avant le lever du soleil, ne se gâte pas. Déjeuner avec deux œufs pondus le vendredi saint, préserve de la fièvre. Ne pas manger de la viande le dimanche de Pâques garantit des maux de dents. Les vents d'est et de nord-est sont les bienvenus le jour de Pâques, si d'autres vents n'ont pas gâté le vendredi saint.
Autres coutumes
La coutume de manger des œufs le jour de Pâques s'est maintenue jusqu' aujourd'hui. A Namur, le samedi saint, on ne déjeunait qu'avec des œufs cuits; les enfants s'amusaient à les heurter les uns contre les autres. Celui qui possédait l'œuf le plus dur, gagna l'œuf qui se brise.
Le lundi de Pâques donnait lieu également à des coutumes singulières : dans plusieurs localités des Pays-Bas, les femmes battaient leur maris, qui, en revanche, avaient le droit de battre leurs femmes la troisième jour de Pâques.
C'était ce jour, qu'a l'ermitage St-Hubert, accroché au flanc des rochers des Grands-malades (ancienne léproserie près de Namur), une solitaire faisait "tourner" la passion, c'est-à-dire représentait à l'aide de marionnette les scènes principales de la vie et de la mort du sauveur.
Dans le région de Dinant, on organisait la course des œufs "coudrage des ous" : la jeunesse disposait sur le sol, au centre de la place, une série d'œufs en nombre égal à celui des jeunes filles participants à la fête. Tour à tour, chaque jeune fille devait traverser la place en courant, ramasser un œuf et le porter, sans le briser au Capitaine, placé à l'extrémité. Pendant ce temps, deux jeunes gens courraient à la forêt voisine couper une branche de hêtre qu'ils devaient rapporter avant l'enlèvement du dernier œuf. Pour leur permettre d'accomplir cet exploit, les autres jeunes gens s'efforçaient d'arrêter les jeunes filles dans leur course; mais celle-ci se défendaient à l'aide de baguettes flexibles dont elles flagellaient les opposants.
La course aux œufs a été remise à l'honneur dans nos régions, mais d'une manière moins poétique et plus mercantile.

Extrait du Journal "L'Entre-Deux" d'avril 1993. - André Degrune

(1) Ces huit ermitages étaient ceux de Sainte-Barbe, situé à Jambes; Saint-Fiacre, près de Coquelet; de Saint-Hubert, incrusté dans les rochers des Grands Malades; de Saint-Martin, à la Plante; de Saint Georges, sur le plateau de la Citadelle; de Saint-Adrien, à la Foliette; de Sainte-Croix, près de Saint-Servais; et de Saint Antoine, à Bomel.

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