Les modifications scripturales au travers des siècles.

Le nom du village qui est orthographié LOYERS de nos jours, a subi au cours des âges des modifications scripturales, voire de prononciation, à savoir :
LOIU 1234; LOIEU 1240, 1261; LOIES 1281, 1285;
LOIER 1284; LOUERS 1288, 1289; LOIERS 1297.
Selon certaines étymologies, le nom de Loyers viendrait du verbe latin ligaturi, ligaturer, lier, en français indiquant un endroit où l'on fabrique des liens, ce qui paraît plausible, étant donné la situation du village et sa nature essentiellement agricole. A noter que le nom de Loyers se dit Loyi en wallon. Cette traduction se rapproche très fort des anciennes orthographes et manifestement désigne le verbe loyî (lier) en patois. Les méchantes langues ajouteront même que «à Loyi, i sont biesses à loyî» ! ETYMOLOGIE DU NOM DE LOYERS

Selon ce premier paragraphe, le nom de "Loyers" viendrait du verbe latin ligaturi. Les latinistes auront sans doute relevé que cette forme verbale est le participe futur de ligare (infinitif présent), mode qui n'existe pas en français, notre langue n'ayant que des participes présent et passé. Ça pourrait se traduire par « ce qui sera lié » au futur simple du mode indicatif forme passive ou par « ce qui va être lié » au futur rapproché. Pour la compréhension, grammaticalement, ligaturi peut se comparer au verbe de la formule prononcée par les gladiateurs romains en défilant, avant le combat, devant la loge impériale : « Ave Caesar, j morturi te salutant » signifiant « salut César, ceux qui vont mourir te saluent ». Cette mise au point paraît nécessaire avant d'aborder le sens que pourrait aussi ; revêtir le nom de notre localité.
C'est donc une étymologie possible et tout à fait plausible, comme le stipule le texte, en fonction du caractère primordialement agricole de Loyers au cours des temps.

LOYERS signifierait aussi...

Grâce à l'apport des renseignements des lecteurs, qu'au passage nous remercions vivement, le patronyme du village révélerait aussi un autre sens. Explication : tout d'abord, le conditionnel, tout comme précédemment, est de rigueur et on jugera, sans a priori, du bien- fondé de cette thèse.
Au préalable, il faut remarquer qu'on trouve aussi Loyers à l'ancienne commune de Lisogne, fusionnée avec Dinant depuis 1976 ; Loyise à Landenne qui était Loiers en 1265 ainsi que notre Loyers en 1297. On a aussi de nombreux Loye en France : Loyenne, Loye-sur-Amont, Loyat,Vieille Loye et enfin Loyettes dans le département de l'Ain, située au confluent du Rhône et de l'Ain, à l'est de Lyon, qui comme tout le monde sait, est jumelée avec notre village depuis 1990. A ce propos, c'est l'homonymie du nom de ce sympathique village français, situé plus exactement entre Bourg-en-Bresse et Grenoble qui a présidé à la réalisation du jumelage, en quête, qu'étaient les protagonistes, de rechercher une localité française susceptible d'accepter ces liens. Relevons à cet égard, que l'Ascension est la date officielle des retrouvailles annuelles qui se déroulent les années impaires chez nous, comme cette année, du 24 au 27 mai. Dans le sillage du jumelage, ajoutons aussi que cette bourgade de plus ou moins 2200 habitants s'étendant sur 2200 ha (22 km2) est par consonance celle qui se rapproche le plus, à cet égard, de la nôtre : Loyettes-Loyers. Dans cette mouvance, comment ne pas mentionner une charmante fermette de chez nous portant le doux nom de Vieille Loye, commune citée ci-avant et se trouvant dans le Jura français, près de Besançon. Cette cité a été chantée par le romancier Bernard Clavel, enfant du pays, un peu à l'instar de Arthur Masson, chantre éminent de notre pays de Meuse et de la Fagne namuroise.
Revenons à la seconde étymologie, mais avant cela, il est bon de relever que Loyers signifierait aussi, selon ce qui a été dit lors d'une émission régionale de la télévision, il y a quelques années : « terre de liberté ». (?)
L'auteur Grôhler a, sans doute raison de rattacher tous les noms précités à un emprunt germanique(l) : Leie, reproduisant le germain Leia « rocher » (comparatif Lorelei) - Loyers viendrait du dérivé latinisé : Leiarum « terre rocheuse ». Cette allégation paraît fondée quand on sait que la nature du sous-sol de la « frontière » nord du village (limitrophe de Lives-sur-Meuse) est essentiellement rocheuse mais, uniquement en cette localisation. N'y relève-t-on pas au cours des âges, plusieurs petites et moyennes exploitations de carrières, toutes situées en proximité de Meuse, comme : « li falîje Miyin » près du pont des Vaux à Brumagne, sise sur Loyers. Notons que cette carrière a été exploitée par Maximilien Polet, dit Miyin - diminutif de son prénom - grand-père de Jacques, Georges et Madeleine Polet, habitants du village. « Li falîje di Suc » située entre le parking de Lives et le viaduc de Béez, le long de la chaussée de Liège, en bordure de Meuse, sur le territoire de Loyers, dont l'extraction, selon les teneurs de la pierre, servait à la fabrication du sucre, d'où son appellation. Les anciens se souviendront de son patron, monsieur Flahaut, célibataire (?) endurci et invétéré devant l'Eternel, personnage pittoresque, ineffable et haut en couleur, s'il en fut. Ceci étant dit à titre anecdotique et de façon non péjorative. La cnvilé de cette dernière a été comblée lors de travaux de l'autoroute dont l'échangeur de Loyers, entrepris dans le courant des années 70. Et la toute dernière, les Carrières des Grands Malades à Bossimé, fermées il y a seulement quelques années ; cette denièine exploitation étant à cheval sur les territoires de Loyers et Lives, mais avec accès par Bossimé-Loyers. Notons aussi en passant que la belle église romane, ndlr : la tour de l'église est probablement d'origine romane mais le style de l'édifice est bien gothique, de Lives qui fut, jusqu'en 1895, l'église-mère de notre paroisse n'est qu'à environ 200 mètres des terres de Loyers.
La nature du sous-sol du village est très variée : on a connu trois sablières, deux exploitations de terre plastique (dièle en wallon) employée notamment pour la fabrication de la porcelaine et de la faïence, jusqu'à l'exploitation d'une carrière de silex localisée... rue du Silex entre Limoy et Loyers. En 1838, on trouve deux mines de houille, l'une à Bossimé qui emploie 11 ouvriers (date de concession le 18 juillet 1828), l'autre à Loyers, bois de Fitombe, qui est abandonnée (date de concession 25 août 1822). En 1896, les mines de houille ne sont plus signalées, mais une carrière de pierres occupe 17 ouvriers. Ces dernières faisaient partie intégrante du domaine seigneurial de Loyers. On trouve aussi du schiste au hameau de Bossimé ainsi que de l'argile en bien des endroits.
Néanmoins, c'est l'agriculture qui a d'ailleurs, toujours constitué la principale activité de la localité. La propriété rurale y est peu morcelée : on y trouve en effet une exploitation de plus de 100 ha, trois de 50 à 100 ha, trois entre 30 et 50 ha et une bonne douzaine de 10 à 25 ha. Deux grandes fermes : la ferme-château de Loyers et les fermes de Bossimé, dont subsistent aujourd'hui les quatre tours avec chameaux d'angles (1700, voire avant) et les bâtiments autour de 1800, sont les témoins de cette vocation agricole. Dans ce vaste et remarquable ensemble de bâtisses construites en briques, moellons et pierres de taille, c'est le magnifique porche d'entrée de la ferme Van Ackere surmontée d'un colombier qui attirera inévitablement et d'emblée les regards. Ce porche sert d'accès aux locaux remarquablement aménagés en gîte à la ferme. Voir aussi la perspective des constructions au sud-ouest, côté étang se mirant dans l'eau. Cette vocation agricole essentielle corrobore l'assertion du premier sens du nom du village signifiant « endroit où l'on fabrique des liens » de « ligare », lier, la fabrication de liens étant une activité indispensable en agriculture dans le temps jadis. Max Defleur, auteur du « Ranchaud » ne plante-t-il pas dans son livre, le décor des campagnes, des bois situés sur la falaise, de la plaine, ainsi que le biotope de ses habitants ?
Nous nous trouvons donc en face de deux étymologies principales. Pour laquelle opter ? Prudemment et sagement - comme Salomon - il s'avère que les deux significations sont justifiables et ...justifiées en référence à la composition des sous-sols et à la nature des sols. Donc, les deux assertions peuvent être renvoyées dos à dos en soulignant toutefois, que la majeure partie du territoire est constituée sur un plateau, par une immense campagne livrée à la culture, l'élevage et la sylviculture. L'habitat actuel qui a triplé en 40 ans faisant exception, évidemment.
Toponymie belge, surtout celle des contrées germaniques même en terre wallonne et romane
En reprenant l'étymologie germanique : Leie, force est donnée d'observer, que même à propos du vocabulaire commun, on éprouve des difficultés à trouver l'origine des mots ; c'est comme un micmac qui désigne une chose tumultueuse, difficile à cerner. Du reste, ce même nom micmac, à titre exemplatif, viendrait du néerlandais « muctmaken » sous l'influence de l'allemand « Misschmash » tiré de l'ancien français « mutemaque ».
« Parfois, on éprouve un délicieux vertige à remonter ainsi de mot en mot et de langue en langue, comme quand on découvre son arbre généalogique : avec ce plaisir de se situer dans le temps, de retrouver des racines et de prendre la notion du passé et du présent ». (Jacques Mercier dans La Libre Belgique).

(1) Selon Albert CARNOI, professeur à l'UCL, dans son ouvrage « La Toponymie belge ». NDLR :
Nous remercions Monsieur LEBE pour son autorisation de reproduire ses textes

Ajouter un Commentaire