En 747, Lambert comte d'Ardenne, fils du duc Martin et cousin de Carloman et de Pépin-le-Bref, laissa en se retirant du monde, deux fils : Adelreide et loyer.(1)
Pépin donna à ce dernier le gouvernement du comté d'Ardenne...
Par l'abdication de Carloman, Pépin-le-Bref se trouva seul maître de l'état. Il n'avait plus qu'un pas à faire pour arriver à la couronne...
Pépin-le-Bref, parvenu à la royauté avec sa femme Bertrade (Berthe aux grands pieds), gouverna l'état avec douceur, prudence et sagesse. Comme il était de petite de taille, et qu'il n'imposait pas par sa personne, il voulu prouver, dès le commencement de son règne, qu'il ne cédait à aucun par la force, pour l'audace et pour la valeur, et qu'il était digne de commander les Français.

Il assistait un jour à un combat d'animaux dans lequel un taureau et un lion étaient aux prises et lutaient avec fureur; il manifesta le désir de voir quelqu'un des siens les séparer; mais personne n'osa se présenter pour un entreprise aussi périlleuse. Alors sautant dans l'arène, l'arme à la main, il s'en fut droit sur le lion, l'attaqua avec adresse, et lui abattit la tête d'un coup vigoureusement porté. Cette action lui attira l'admiration et le respect... le prestige de sa puissance ne fit qu'augmenter encore par la consécration qu'il reçut du Pape Etienne II, qui vint en France et le sacra, en 752. Pépin avait envoyé au-devant du souverain pontife un de ses principaux officiers, Loyer, comte d'Ardenne, qui, en passant en Lombardie, épousa Tarente, fille d'Astolphe, roi des Lombards. Loyer jouissait de toute la faveur du nouveau roi; mais il en abusa; il fut renvoyé de la cour et exilé à cause de ses concussions.(2) Il se retira en Italie, auprès de son beau-père. Il ne put rester en Lombardie après la mort d'Astolphe. didier son beau-frère, l'obligea à s'éloigner.Pépin termina ses jours en 768, il laissa deux fils : Carloman et Charlemagne...
Loyer, qui, à cause de son orgueil, dit Gramaye, avait été expulsé du royaume d'Austrie, et privé du duché de Mosellane, et du comté d'Ardenne, par le roi Pépin, demanda à rentrer en grâce après la mort de celui-ci. Charlemagne lui rendit son duché(3) .
Il semblerai que Loyer n'aurait pas été rétablit intégralement dans la possession du comté d'Ardenne. Il n'en n'avait que la portion la plus faible, celle qui était située du côté de Luxembourg et de la Germanie. l'autre, qui , pour la distinguer, est appelée Ardennes belge, avait été donnée, selon l'auteur, par Pépin à Adelreide, son petit-fils, né en seconde noces, de sa fille Symphorienne et de Lambert, frêre germain de Loyer
Ce sont les descendants de Loyer qui ont conservé le titre de comtes d'Ardenne; ils possédaient même la partie du Namuois comprise sur la rive droite de la Meuse, on ne sait si Namur en faisait partie.
Loyer, corrigé par la mauvaise fortune, devint un excellent prince, et jouit de toute la faveur de Charlemagne, son parent.
En 774, Adrien II ayant succédé au pape Eienne, fit savoir à Charlemagne que Didier, roi des Lombards, profitait du changement de pontife pour molester et reprendre ce qui avait été donné au Saint-Siège par Pépin. Aussitôt, Charlemagne partit pour l'Italie. Loyer était un de ses principaux officiers...
Loyer, duc de Mosellane et comte d'Ardenne, faisant un retour sur lui-même, et voyant qu'il avait un compte terrible à rendre à Dieu pour les actions de sa jeunesse, pour son orgueil, ses exactions, et surtout pour le rapt du bien des églises, se résolut à quitter le monde, et se retira dans un monastère de Milan. par sa retraite, son fils unique, nommé Frédéric, se trouva le maître de ses grands bien, et lui succéda aussi dans les honneurs du duché de Mosellane et de la principauté d'Ardenne.
Le comté d'Ardenne, dans les derniers temps, avait pour limites : au nord, la pays de liège; à l'est, ceux d'Arlon et de Biedbourg; au midi, la Semois; a l'ouest, la Meuse avec quelques dépendances au-delà de cette rivière (entre Sambre et Meuse). La Roche en était le chef-lieu; il comprenait cinquante-cinq villages divisés en quatre mairies, savoir : Bauraing, Houffalize, Han et Hynninghen
(1) Loyer ou Lohier ou Lothaire. la forme la plus rencontrée est 'Loyer" à l'époque qui nous concerne.
Dire que le nom de Loyers vient du duc ou comte Loyer, il y a un pas que nous ne franchirons pas, bien que Loyers étant situé sur la rive droite de la Meuse et aurait été habité bien plus tôt que l'on ne croit. Par ailleurs, à notre connaissance, des fouilles sérieuses n'ont jamais été entreprises à Loyers. Mais ceci est pure supputation de l'auteur. Ce texte est une pièce à verser au puzzle historique de Loyers.

André Degrune.

(2) Concussion : Exaction commise à un trésorier public.
(3) Gramaye; Respublica Namurcensis, chap. III p. 46. amst. 1634
Extrait de : Annales Adennaises ou histoire des lieux qui forment le département des Ardennes et des contrées voisines.

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