ETYMOLOGIE ou CONJECTURE ? La première tentative d'explication étymologique qui concerne LOYERS est certainement celle proposée par le chanoine ROLAND (1) qui, dans sa "Toponymie nanuiroise" parue en 1899, fait dériver le nom de Loyers de Noyers par "permutation des consonnes entre les liquides "(2). Il ajoute : "pareillement, la chute des consonnes g et v a produit Noyers et Loyers de Nugarias..." (3) De même, GERARD (4) a dû considérer que le travail toponymique mentionné ci-avant avait une réelle valeur et était en tout cas un essai d'interprétation sérieux pour l'époque. 11 reprend donc cette première assertion dans son ouvrage. Bien que les noyers soient loin d'être l'apanage de notre plateau loyersois, (et que dire alors des "autres Loyers"), il nous faut citer CREPIN (5) qui, en 1856, écrivait à propos de l'église du village ; "...Des noyers et des ormes séculaires l'ombragent de toutes parts, et la dérobent pour ainsi dire aux regards des passants...". Il y a presque un siècle et demi de cela et...quels changements! Que penser aussi de ce personnage cité vers 1325: "...accompagné de Miles de Noyers qui portait l'oriflamme...". (6). En 1948, CARNOY (7) présente un ouvrage majeur et fondamental parce que rédigé par un éminent linguiste. Bien que compréhensif à l'égard de son prédécesseur, il bouleverse plus que sensiblement les idées déjà émises. Nous reprenons fidèlement pour Loyers ce qu'il écrit (8) : " [loyers (Arr.Namur)] [1234 Loiut 1240 Loieu, 1284 Loier, de S. ] (pron. Loyî). On trouve aussi Loyers à Lisogne et Loyise à Landenne, qui était Loîers en 1265 (Brouwers.99). On a aussi de nombreux Loye, Loyene, Loyette eu France. Grôhler a sans doute raison de rattacher tous ces noms à un emprunt au germanique : Leie, reproduisant le germ. *leia "rocher11 (comp. Lorelei) Loyers viendrait du dérivé latinisé : *leiarïum "terre rocheuse"...". De cette explication, mettons en exergue trois choses sur lesquelles nous reviendrons ultérieurement : 1) Les variations habituelles des graphies dans le temps. 2) L'existence de plusieurs autres Loyers et dérivés (qui entraînent aussi des variations patronymiques de souche commune); la difficulté est grande de savoir à quelle communauté il faut attribuer les textes et documents anciens. Loyers-Namur et Loyers-Lisogne sont déjà des sources d'erreurs potentielles . Nous ferons appel à l'indulgence des lecteurs face aux manquements ou à notre insuffisante érudition. 3) Pour les Loyers cités, on peut effectivement parler géographiqucmenl de terre rocheuse ou terre caillouteuse. Citons encore le même auteur (9) : "on trouve même dans Loyers et Loyisse des restes du germ. lei qui figure dans Lorelei"'. Il ajoute un peu plus loin : "les Celtes de ces régions étaient mêlés de Germains ...", &. "Bien que rien de tout cela ne soil décisif, il semble pourtant que ces mots si peu franciques et si anciens pourraient indiquer que d'autres germains que les Francs ont, à npmoment donné, occupé ces régions". Ceci est confirmé par CAILLOT (10). Pour compléter ces notes étymologiques, il faut encore ajouter ce que mentionne FIVET (11) : "le surnom des gens de Loyers est un jeu de mot parti du nom de la localité : ils sont des "a loyîs", sous-entendu : "(fous) à lier !". Le vrai nom des habitants? Ou dit un(e) loyersois(e). Pour terminer voici un extrait du bulletin de la Commission Royale de Toponymie et Dialectologie (12) qui indique : " Loyî = Loyi = fêter quelqu'un. Alors, pourquoi un "a loyî" n'est-il pas "quelqu'un à fêter, à louer"? Etymologie ou conjecture?... Nous ne savons pas pourquoi CARNOY, qui avait déjà, avant 1948, publié une autre version étymologique de Loyers parue en 1940, n'a pas retenu cette première idée. Sans doute l'explication de Grolher lui a-t-elle paru plus proche de la réalité... Il nous faut tout de même reprendre cette version plus romane. "...[Loyers (arr. Namur) 1234 Loin; 1240 Loieu; 1284 Loier. de Sj. Roland pense que ce serait pour nucarius "noyer"(?) mais c'est peu vraisemblable d'autant plus que Loje esl un terme fréquent en toponomie romane. On a en Belgique Loye à Horues et en France, il y a de nombreux Loye, Loyére, Loyettes. Hubschimied (Vox Romanica 111.55) dérive ces noms du celtique, *Lokwâ "lac, Flaque", mais il esl probable que dans la plupart des cas il vaut mieux remonter au germanique. *Laida "layon, chemin" donc : "la petite route "..." Loyise (dép.Landenne [1265 Loiers Brouwers.99] *Hlodarius, mansus, "habit de lothair"... Nous pouvons constater que toutes ces tentatives d'explications se tiennent; les mots "lac, flaque, chemin" peuvent aussi convenir pour "notre" Loyers. La géographie locale atteste la présence d'étangs, de mares, parfois importants. Loyers était aussi le passage obligé d'un chemin très ancien. Qu'en pense M.BOLOGNE (13)? Tout autre chose encore! "LOYERS, wallon loyi (Na 80),XIII Loier : Ligarium = l'endroit où l'on fait des liens (latin lig-"Iier"). Appellation d'origine romane dans ce cas, elle apparaît d'autant plus troublante que dans un certain cahier (14), on peut trouver la phrase suivante: "...une jarbe despeallre condontre a la faulchille ct loÿe et portea la grange dudit Seigneur...". A savoir donc qu'on "loÿe" les gerbes de céréales cl qu'on les "desloye". (lier et délier)! Notons aussi que plusieurs scribes utilisent le tréma sur la lettre Y, mais ce n'est pas systématique... Quelques cartes anciennes mentionnent des graphies particulières; ainsi trouvera-t-on Loyr (1579 et 1632) et même Nojette (ce qui nous ramène à la version Noyer ...ou...Noisetier?). Devant tant de conjectures, doit-on nécessairement vouloir "expliquer" à tout prix ? C'est au lecteur d'y répondre... Bien que la phonétique du nom semble évidente aux yeux de certains, l'écrire paraît une bonne chose: LOYERS = LWA-yêrs (et non LO-yêrs). Où notre jumelle française Loyettes trouve-t-elle sa juste place ? Du même auteur (7), reprenons l'étymologie des deux "hameaux" de Loyers; (pour les sites environnants, celle-ci sera reprise en hors-texte dans le courant des chapitres à venir). L1MOY : (dép.Loyers) 1265 Maing, 1294 Limaing-:*;limanium "endroit limoneux" (ici il y a eu dénasalisation, coimme dans Libois. Ces noms paraissent bien renfermer tous le même radical qui serait lin ~ de fr. limon, a n c. f r. I i m = " t e r r e glissante". L'existence en liégeois de l'adjectif limianl "glissant" rend celle opinion encore plus probable. Toutefois dans Limont, la finale a été influencée par le mot mont (voy. limauge, limoy). BOSSIME : (dép. Loyers) |I265 Boussines. Brou\v.78| *Boson(is) mansus (voir *A) "maison de Boson" (F.1.329) - La forme du moyen-âge est un dérivé de Boso (*Bosina villa).

Philippe BESURE Article paru dans les 'Entre Deux " N° 41 et 42 juin et août 1990 - Voir aussi du même auteur : "Histoire de Loyers et environs"

(1)C-G.ROLAND : Toponymie Namuroise in ASAN t. XXIII.
(2) < op cit.p.18 ).
(3) < ibidem p.19 ).
(4) h.GERARD : Petite Encyclopédie de ia Province de Namur/canton (d'Andenne p.37.
(5) H.CRHPIN : Noies d'un Touriste in ASAN t. IV p.265.
(6) ( ibidem (10) p.416).
(7 ) A .C A RNO Y : Origines des noms des communes de Belgique/Louvain 1948.
(8) copie de l'ouvrage aimablement communiquée par A.van ACKERE de Maizeret.
(9) (op cil.(l) pages XXXVI & XXXVII). (10) M.CAILLOT : Histoire Ecclésiastique et Civile de la Ville et Province de Namur.1788/ tome
(10) (dont bref aperçu dans les notes a venir).
(11) J.FIVET : "sacants sauvadjes noms spots et r'vazîs do Payis d'Nameur"
(12) Bulletin de la section Wallonne 1943/t. XVII, p.232.
(13) Maurice BOLOGNE:. Petit Guide des Noms de Wallonie, 1965. édil. Jules DHSTREE;.
(14) A EN \ : Fiefs et Seigneurs, H 213. ( transcription paléographique complète prévue en Fin de monographie. Cahier daté de 1508, renouvellement de I486-]
(*=A) mansus - manse = exploitation rurale comprenant une maison ; avec ses dépendances et un certain nombre de bonniers de terre. (voir *B).
(*B) bonnieri : unité ancienne; I bonnier = 20 verges grandes; 1 verge grande = 20 petites; 1 bionnier = 94 ares 61; 1 journal = 23 ares 65.
Ces notes métrologiques renvoient le lecteur au tome I page XXXIV, de l'ouvrage du Pr.GENICOT "économie rurale au Moyen-âge", il l'audra savoir faire référence à certaines mesures non équivalentes entre le Pays de Liège et le Namurois. exemple ; Abbaye de Géronsartl 1 bonnier = 4 journaux. et 400 petites verges de 16 pieds et demi de Saint Lambert.
On parle aussi "d'erpent" ou "mesure" valant un tiers de bonnier. Dans le répertoire cité ci-avant t!4) on utilise à la cour foncière de Loyers la verge de St-Martin.

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